Lucrèce LUCIANI-ZIDANE

Ce résumé est le fruit de notes prises sur le vif qui n’engagent pas l’auteur de la conférence.

Psychanalyste qui travaille sur Nygren depuis plusieurs années.

Nygren écrit son livre en 1930. Livre aussitôt mondialement connu. 1930 : bien tard dans le christianisme pour saisir l’originalité de la notion chrétienne de l’amour. Que dit Nygren ?

Embarras relevé dans la préface de l’édition française par Maurice Goguel : où classer le livre de Nygren ? Ce qui est sûr : la nécessité pour le christianisme de tenir compte de ce livre.

Trois points à aborder : Contenu, forme et portée anthropologique de la querelle.

Eros et Agapè. Nygren l’avait intitulé de manière plus austère : la pensée chrétienne à travers les âges. Quoi qu’il en soit, Nygren oppose la conception grecque de l’Eros (amour égocentré) à la conception chrétienne de l’agapè (amour désintéressé).

Après cette première partie, Nygren poursuit le déroulement plus ou moins chaotique de l’agapè dans l’histoire du christianisme, ou les deux sont mêlés. Nygren dépouille toute l’affaire, depuis les Pères jusqu’à Luther (fin de la contamination par l’Eros).

Comment Nygren s’y prend-il ? Méhode mathématique selon LLL. Nygren s’inscrit dans un courant théologique particulier. Ecole de Lund. Protestantisme luthérien soucieux du caractère unique du christianisme. Point de départ: souci de l’objectivité scientifique. Au sein même de l’école, Nygren est critiqué à cause de son invention dans Eros et Agapè : la méthode théologique nygrénienne de l’étude des mobiles.

Mobiles : à prendre au sens architectural et non moral. Traduction française de Pierre Jundt. D’autres ont employé le terme de motif. Etude forgée par nygren pour définir objectivement et scientifiquement la nature du christianisme.

« Mobile fondamentale » : A quoi se rattache l’ensemble des questions autour de l’amour de Dieu. Le point focale de nombreuses grappes de questions.

Dans un système philosophique ou religieux donné, on ne peut pas relever de deux mobiles : l’un ou l’autre. Eros, Agapè. Une religion et une éthique.

Mobile d’Eros : religion et éthique caractérisées uniquement par le désir de l’homme vers un idéal supérieur ou vers un semblable.

Mobile d’agapè : très bien distingué du Nomos. Mais Nygren est le seul à pouvoir démontrer que le Nomos est le mobile de l’Eros. Dans le christianisme, cela se passe donc entre Eros et Agapè.

Nygren : montre comment il y a tendance, dans le christianisme, à synthétiser l’Agapè avec l’Eros.

Le premier volet du livre s’attache longuement à exposer le thème spécifiquement chrétien de l’Agapè. Agapè n’est pas un principe à côté des autres principes. Elle devient Le Principe. En même temps, Nygren fait toucher ce point qu’il y a opposition de fait entre les deux amours qui ne puvent ni ne doivent cohabiter dans l’amour chrétien. Nygren nous interdit de penser que leur différence serait celle d’une différence même sévère au sujet d’un amour qui les engloberait. Eros et Agapè ne parlent ni de la même chose, ni du même lieu. Deux mondes et deux modes de l’amour. Agapè est le seul principe de la nouvelle religion de l’amour.

Pas une interprétation mystique de la chose chrétienne mais plutôt un dessin de sa géométrie.

Platon ne connaît rien à l’éros, et St Paul rien à l’Agapè.

L’Eros part de l’homme, et Agapè de Dieu. Dieu est le sujet.

Voir le tableau de la page 235 du livre de Nygren. Si Nygren n’invente rien, sa manière de procéder est tout à fait saisissante.

Nygren est très fortement critiqué, par tous les bords la théologie. Nygren analyse et décrypte la question de l’amour de Dieu là ou l’ensemble de ses prédécesseurs se contentent de la décrire. Nygren est, pour LLL, un hapax.

Nygren sait bien que l’Agapè est impossible, tout le monde le dit. Le scandale de Nygren : il ne propose aucune solution. Nygren l’empêcheur d’aimer en rond.

Enjeu qui ne pourra jamais être évité : invention pure et non simple dans le christianisme où une affaire aussi fondamentale que l’amour est littéralement confisquée par Dieu. A l’homme ne reste que le désir, c’est-à-dire littéralement le péché. Nygren invite à ne faire aucune concession à l’Eros agapique, fer de lance de l’Eglise. La seule réponse qu’a pu inventer l’Eglise à la fameuse querelle eros et agapè. Cela commence avec Augustin et le « compromis de la caritas ». La caristas se démonre dans l’analyse de Nygren comme la synthèse de l’Eros et de l’Agapè. Pour le dire rapidement, en aucun cas la caritas ne doit être la traduction systématique de l’agapè.

Nygren passe l’ensemble du christianisme au crible de son analyse. Il est posible que l’on passe, avec Nygren, de l’impossible à l’intenable (même si Nygren ne le dit pas). Ce qui est saisissant, c’est que tous les acteurs de l’Eglise peuvent être positionnés dans la querelle Eros et Agapè. Notamment, l’opposition entre Eglise catholique et Eglise protestante est structurée par cette querelle.

Dans la théologie, Nygren est sans cesse signalé pour être mieux évacué. Dans la littérature profane, Nygren est presque entièrement ignoré. Denis de Rougement, notamment, l’ignore entièrement. Et pourtant les analyses de Nygren débordent le domaine de la piété. L’amour chrétien : le socle de l’amour occidental.

Quelles implications pour tout croyant, chrétien ou non ? Eros est supprimé, éliminé, remplacé par l’Agapè. Eros, qui n’est pas seulement l’amour de désir humain mais aussi le dieu grec inséparable de son statut philosophique. Ce meurtre a fondé notre inconscient. L’agapè élimine l’eros, elle ne l’absorbe pas. Qu’on veuille ou non le savoir, l’amour occidental s’est d’abord forgé de manière strictement religieuse, agapique, cad fondé sur le rejet du désir. Que dire de la névrose qui en est radicalement issue ?

Immense intérêt de la thèse de Nygren, incontournable pour quiconque prétend parler de la notion de l’amour e de sa jouissance. (au sens de Lacan : au-delà du principe de plaisir, rencontre de la Chose).

Avec la querelle Eros et Agapè, tout s’éclaire de notre condition occidentale. Reste que par des voies totalement différentes, les pensées de Nietzsche, Nygren et la psychanalyse arrivent au  même point : l’intenable de l’amour chrétien comme élimination du désir.

Nietzsche : le christianisme a empoisonné l’Eros. Il ne l’a pas tué, mais il l’a rendu vicieux. Benoit XVI cite cette phrase de manière non explicite mais pour la diluer dans un synchrétisme de l’Eros et de l’Agapè.

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2 réponses à “Lucrèce LUCIANI-ZIDANE

  1. margerie pierre

    bonjour Claire, je ne ferai aucun commentaire sur ce que je viens de lire,j’en suis incapable, mais c’est une bouteille (de vin) que je lance à la mer(e) internet(ou pas); as-tu une adresse email où je puisse te contacter? pierre m, ancien louveteau à l’oeil vif ,pmargerie@aliceadsl.fr

  2. Ce qui est important pour l’être humain c’est d’aimer, l’amour ne se réduit pas à la sexualité, n’en déplaise aux psychanalystes, j’aime mon chat, Wagner, mon ex-mari, aimer est ma joie de vivre, mon élan vital. Il y a toutes sortes d’amours et pas de hiérarchie entre elles. Il me semble que cette auteure (Bonjour Claire) sacralise un peu trop les textes, compulsant de vieux grimoires qui sont supposés dire la Vérité, si on sait les lire avec perspicacité et si on en lit un nombre suffisant (la Culture), en les comprenant avec les outils conceptuels importés de la psychanalyse. Ces textes des premiers temps du christianisme ne sont que des reflets d’un monde presque entièrement perdu, ils n’ont pas l’influence qu’elle croit dévoiler voire dénoncer

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