Intervention de Marie-Louise Gondal (Lyon)

Réagissez à l’intervention de Marie-Louise Gondal.
Vos notes, résumés, questions, discussions sur sa présentation sont les bienvenues. Ces notes prises sur le vif sont seulement une base pour la discussion. Elles ont vocation à être complétées et rectifiées.

Marie-Louise GONDAL – LES GRANDES HEURES DE MADAME GUYON, OU LA LIBERTÉ DE DIEU EN SOI
Détour par le langage de la mystique et de l’Amour Pur pour parler du soi. Pas le même vocabulaire. Et pourtant, on peut les étudier ensemble car « Mystique » et « soi » ont en commun d’évoquer un secret toujours présent en l’un et l’autre.
Mme Guyon (1648 – 1717), française dont le nom défraya la chronique à la fin du XVIIe. Qu’est-ce qui lui arriva ?
Son témoignage : Vie par elle-même, reprise deux ou trois fois, éditée par le pasteur protestant Poiret.
Gallica propose in extenso un certain nombre de se textes.
– Situer le moment où le soi se pose comme témoin d’une expérience. Livre sur l’oraison.
– Comment un soi à réussi à se découvrir et à se structurer.
– Comment Madame Guyon entre dans une transformation qui l’entraîne à se donner autant qu’à se perdre.
Il y a une histoire dans l’Amour Pur. Une phase de la maturité.
Une écriture de soi qui dérange
Une rupture dans la vie de Madame Guyon : 1682. Moyen court et très facile pour faire oraison. Suite de : Les Torrents. La métaphore est claire : l’écriture de l’expérience spirituelle est née de l’oraison. L’affirmation de soi passe par le plus intime. La perfection est présentée comme facile. « Venez-à moi » est interprété comme « venez à l’oraison.
L’expression « Moyen court » n’est pas propre à Madame Guyon : qui ne veut arriver vite à ses fins. Le moyen court est reçu comme voie large de la perdition.
Derrière cette prise de position : engagement récent né d’une longue expérience personnelle.
Mariée à 16 ans, veuve à 26. Engagée ensuite dans un projet de l’évêque de Genève. Créer un établissement pour jeunes filles nouvellement converties. Madame Guyon rêve d’aller à Genève. Contexte plus ou moins conscient d’une déchirure dans le christianisme survenue un siècle plus tôt.
En 1689, occasion de consulter Fénelon, elle fut amenée à s’explquer plusieurs fois sur son orthodoxie. Puis longues périodes d’emprisonnement.
Conséquences de la publication du Moyen court : le point où tout bascule.
Une vie d’échecs : mariée à 16 ans, veuve, expérience singulière puis errances. On peut mettre en question le pur amour, mais il faut aussi revenir sur une idée d’échec lorsque l’écriture – et une écriture qui n’est pas folie – se maintient malgré des épreuves aussi difficiles.
Découverte et structuration du soi
Madame Guyon revient sur son enfance. Le soi se découvre comme déjà là, parce qu’il n’est pas d’emblée parlant. Le soi se construit par le contact avec autrui. Elle se sait faible parce qu’elle est fille et pas garçon chérie… en même temps, elle se sait gracieuse parce qu’on lui a dit. D’un côté des relations familiales de classe, de l’autre la possibilité de se comprendre, y ompris avec les domestiques… La prise de conscience se fait rapidementjour que la piété convenue ne tient pas et que la vérité est à chercher en soi.
Au cours d’une petite vérole, elle trouve dans sa chambre une bible. Découverte de l’Ecriture sainte. Bientôt elle lira François de Sales.
Le moment où se précise le désir d’exister par elle-même est écourté par l’époque : mariage précoce. Accepté par désir d’émancipation en même temps que par confiance en ses parents. Détresse.
Recontre (Rêvée) avec un pauvre à 20 ans dans Paris : vous êtes pieuses, vous donnez aux pauvres mais vous vous aimez. Sentiment d’être habitée par un autre transcendant au milieu même des tracas de la quotidienneté.
Ce qui se produit : l’absorbement des puissances dans la volonté. Alors, repos, paix, union qui est indistinction. Pas encore la paix-Dieu mais c’est déjà l’expérience de la présence de Dieu « dans mon fond », déjà l’adhérence continuelle à Dieu. C’est là qu’apparaît l’expression de Pur Amour. Au-delà des puissances, indicible, il y a le lieu indicible où Dieu se donne. Pas de vision ni d’extase. Don perçu comme don d’être et de vouloir.
Amour pur : désintéressé, non replié sur soi, sans propriétaire. Amour où l’âme passe en Dieu et demeure cachée en Jésus-Christ. « Il est vrai que les âmes qui sont prises ainsi doivent s’attendre à de fortes croix ».
L’Amour pur ≠ un état mais un appel.
La Perte de soi
Le réel est d’abord déconcertant. Décision de 1681. En juillet elle confie ses deux fils à sa bellemère, ses biens à un oncle. Part pour Gex avec sa fille de 5 ans. Son idée : aller vivre à Genève, sans se déclarer et panser les plaies. Mais croit bien faire en suivant les conseils de l’évêque.
L’interprétation de Madame Guyon est que l’âme demeurant ferme dans la volonté de Dieu se trouve dépossédée. Dieu opère en elle un anéantissement de toute volonté propre. Cet anéantissement n’est pas conçu comme un acte mais comme un processus intégralement passif.
Une sorte de renversement : ce fond n’est plus un soi habité par Dieu mais une habitation de soi en Dieu. La perte de soi paraît destruction, et de fait elle n’est pas sans violence, le soi passe par un autre, devient autre avec le soi divin.
Le langage de Madame Guyon sur l’oraison trouve un écho. Elle ne fait pas des « assemblées » comme cela lui a été reproché. Mais elle est recherchée.
CONCLUSION
On pourrait dire que ce discours mystiques renverse les positions du soi. L’affirmation de soi n’est pas le contraire du vide de soi. C’est au contraire dans le vide de soi que l’on s’affirme.
L’oubli de soi ≠ une amnésie. Une séparation de soi pour se perdre entièrement de vue, ce qui fait entrer dans une largeur immense.
La mystique apparaît comme :
– Une initiation à la vie paradoxale (≠ spéculations sur un état statique). Madame Guyon a vécu une initiation. Entrée, épreuve, vie transformée.
– Expérience prophétique pour l’Église. Révélation par les simples, refus dun moralisme rigide. Attention à l’Ecriture et à l’expérience intime. Comme une révolte d’une femme seule.
– Illustration de questions humaines de fond. Nous semblons inaptes à penser une connaissance de Dieu par la mystique. La question est épistémologique. Toute connaissance est-elle distincte et claire ? Marc Vial, Jean Gerson p. 191.

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Une réponse à “Intervention de Marie-Louise Gondal (Lyon)

  1. QUESTIONS

    Question de l’articulation entre la sortie de la nuit et le mouvement vers l’extérieur qui la conduit à Gex. Est-ce qu’elle sort de la nuit parce qu’elle a compris qu’il fallait s’abandonner à l’abandon de Dieu lui-même, ou est-ce que c’est dans la sortie vers l’extérieur qu’elle retrouve Dieu ?
    M.-L. Gondal : le rapport à l’autre n’a jamais manqué. Un fait de l’histoire spirituelle que les moment heureux ont une fin. Sentiment d’absence et d’imperfection qui pousse à aller plus loin. En fait, le sentiment d’absence lui fait comprendre que dans l’amour de Dieu elle aimait aussi la jouissance qu’elle tirait de cet amour.
    Expression le « soi » (substantif) n’existe pas chez les auteurs du 17e. La substantivation du soi n’est pas innocente. Un choix lexical qui est aussi un choix théorique (on aurait pu dire le « moi », ce qui dit « je » etc.).
    MLG : avec le terme de soi, on insiste sur ce qu’il y a d’obscur dans le moi.
    Pascal a dit « Le moi est haïssable », personne n’aurait dit « le soi est haïssable ». En même temps, le terme de soi désigne moins un être que la réflexivité même. Conclie de Latran 1215. Justement, le Pur Amour ne met-il pas en cause la réflexivité elle-même, et celle de la confession ? Chez Fénelon, se regarder est quelque chose de négatif.
    Question de l’écriture. Comment l’articuler à la désappropriation de soi ? Quel est le sujet qui écrit ?
    MLG : besoin de faire part d’une expérience.
    Madame Guyon écrit des commentaires, et quand elle commente elle commence par recopier le verset. Elle écrit à la suite de. Peut-être tous les mystiques ? Un mystique écrit parce que d’autres mystiques ont écrit.

    Question du retrait de Dieu comme expérience cruciale. Mais en plus : apparition de la figure non seulement du Dieu absent mais du Dieu cruel. Dieu qui veut se cacher. Une question qui a une plus large portée.

    Sources possibles : Cantique des cantiques + Thérèse d’Avila.

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