Intervention de François Trémolières (Paris)

Réagissez à l’intervention de François Trémolières.

Vos notes, résumés, questions, discussions sur sa présentation sont les bienvenues. Celles-ci, prises sur le vif, ont vocation à être complétées et rectifiées. Elles ne reflètent que de très loin le contenu des conférence et servent avant tout de base pour une discussion.

FENELON ET LE PUR AMOUR

Fénelon est connu :
– Comme l’auteur des aventures de Télémaque
– Comme le précepteur du petit fils de Louis XIV

Pour Fénelon, la mystique n’est pas l’extraordinaire. C’est précisément ce qui le rend suspect. A la fin du 17e, il n’y a plus de place pour la mystique sinon comme exception.

Pour F. Trémolières, la pensée de Fénelon concerne bien la philosophie pratique. C’est sur ce terrain qu’il a voulu situer son intervention.

Le « système » du pur Amour. Chez Fénelon, plutôt des reformulations successives qu’une exposition systématique.

Il y a bien une pensée ecclésiologique chez Fénelon, catholico-centrée. Mais pas de traité qui la reprend globalement.

Largement une littérature de défense qui bouge selon les adversaires. Deux textes sur lesquels s’appuyer : prière des lettres au Père Lamy sur la grâce et la prédestination. Opuscule sur le pur amour.

Avant de parler du pur amour : question de l’action et de la grâce. Thèse qu’il attaque : celle de la delectatio. S’appuie sur l’occasionnalisme de Malebranche.

Pour lui, le jansénisme est plus condamnable que le molinisme car la théorie de la délectation conduit pour lui à nier la liberté.

Pas un plaisir noble et un plaisir bas. Un seul et même plaisir. Tout plaisir est spirituel, Pas de lien de causalité réelle entre sentiment et plaisir. Signal. Occasion. Si j’ai bien compris c’est cette interprétation malebranchiste du plaisir qui permet de discréditer la théorie de la délectation. Parce que celle-ci repose sur la différence entre des plaisirs : le plaisir naturel vs le plaisir de la grâce.

Avec la théorie de la délectation : lois de la volonté comme lois du mouvement. Nécessité naturelle ou physique : pas une loi qui exprime l’essence des choses. Institution arbitraire de l’auteur de la nature. On ne peut concevoir au-dessus de cela que l’ordre des essences. Celui-ci, le créateur ne peut l’enfreindre. Autrement dit : il faut un miracle pour résister à la nécessité naturelle.

Enjeu : Pourquoi dire qu’un homme fait librement quelque chose s’il faudrait un miracle pour qu’il ne le fît pas.

Différence entre éternité des essences et éternité des lois naturelles. Nécessité des essences : ne pas pouvoir ne pas être. Dans le problème des rapports entre la grâce et la liberté, Fénelon choisit le congruisme. Mise en rapport de deux ordres distincts : temporalité et éternité. Autrement dit, Dieu voit tout ce qui va arriver au présent. Pas de futurs contingents pour lui.

Nécessité de la nature : monde physique. Dépend de l’arbitraire divin. Les lois de la physique sont comme une sorte de miracle permanent. Le monde a, par rapport à Dieu, le rapport d’une oeuvre d ‘art à son auteur.

Si le vouloir était réductible à l’ordre des lois, outre les conséquences ruineuses pour le dogme : pas de volonté d’indifférence. L’indifférence de la volonté prouve que la volonté n’agit pas suivant des lois causales.

Il faut entendre par la delectatio autre chose qu’un plaisir positif. Expression paradoxale de délectation délibérée. Spontanéité. Il y a un plaisir dans le vouloir lui-même ? Un amour de complaisance pour l’objet.

L’inférence du plaisir à la grâce : des conséquences désastreuses pour la foi. Or, la mystique est une expérience de la foi. Il ne peut y avoir aucun rapport entre la foi et la certitude de la récompense.
QUELQUES REMARQUES SUR L’AMOUR PUR

Supposition que l’âme est anéantie après la mort. Possible car l’immortalité de l’âme est une nécessité de nature (dépend de l’arbitraire de Dieu). Immortalité : don gratuit dont il peut me priver.

Le secours de la grâce est nécessaire pour que la nature se détourne d’elle-même. Ne jamais poter au pur amour que quand Dieu ouvre en l’homme la porte. Celui qui décide de lui-même de s’ouvrir au pur amour : orgueil.

La sécheresse fénelonienne annonce le respect kantien. Pour Fénelon, la description correcte des états intérieurs suppose de les assimiler au denuement.

Important : ne pas confondre l’abandon à Dieu avec le plaisir.

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Une réponse à “Intervention de François Trémolières (Paris)

  1. QUESTIONS

    Articulations de la volonté et du pur amour. En quoi la volonté ne disparaît-elle pas dans le pur amour ?
    FT : en prenant un peu de recul, le moment Fénelon est le moment où la mystique s’autonomise. On ne pense plus l’union comme union intellectuelle mais comme union des volontés. La conception d’une union comme science divine, face à face, n’est plus du tout recevable. La volonté ne disparaît absolument pas, parce que la volonté n’est rien d’autre que la liberté. La seule manifestation pure de notre vouloir : abandonner toute volonté propre et non abandonner la volonté comme telle. Ce qu »il faut abandonner, c’est tout ce qui lie la volonté aux lois naturelles. Faire l’épreuve en soi de quelque chose qui nous dépasse : faire l’épreuve de la liberté.

    Fénelon semble présupposer que les inclinations sont des empêchements de la liberté. Ce n’est pas le cas pour Saint Thomas : l’inclination, certaines inclinations sont les sources de la liberté. Ici, la liberté la plus vraie est la liberté d’indifférence. La liberté d’indifférence poussée au bout n’est-elle pas la folie ?
    FT: Travailler le rapport à Malebranche. Pour Malebranche, le risque du quiétisme est l’apathie. Révolte fénelonienne contre les critiques malebranchistes du sentiment intérieur de liberté.

    Est-ce que la critique du jansénisme (il ne peut y avoir deux inclinations) n’est pas tributaire d’une interprétation malebranchiste du jansénisme ?
    FT: Fénelon n’opère pas l’identification entre jansénisme et malebranchisme. Mais dans son rejet du malebranchisme et du jansénisme, on trouve une même critique de la délectation.

    Encore une fois, la question du sujet se pose, en même temps que celle de l’autonomie de la volonté.

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